Boulettes de poisson “juives marocaines” en sauce tomatée sur fond de délirant ménage à trois!


La première fois que j’ai cuisiné ce plat, tout s’est ramassé à la poubelle dans le temps de le dire et j’ai boudé ensuite durant 24 heures. Ça fait un an.

Ce n’était pas une question de poisson pas frais ou d’assaisonnement douteux, non, c’était plutôt une question de mauvais choix de poisson. J’en avais pris un qui était trop ferme, plein de tirailles de bouts de peau ou de je ne sais quoi, enfin, le foutu poisson a fait sauter le moteur de mon bras mélangeur car la tiraille s’est enroulée entre la lame et le moteur et a tout bousillé, ce qui m’a mise dans une rage assez incroyable puisque c’est à peu de choses prêt le seul appareil, après mon four et mon frigo, que j’utilise en cuisine. Et surtout, que je n’ai rien d’autre pour broyer, pulvériser, mélanger que ce bras mélangeur de marque Braun.
Donc, j’ai tout foutu aux poubelles dans le temps de le dire (un certain Philippe, qui était présent et qui, je le sais, est un de mes lecteurs, doit se souvenir de ce mémorable événement…) et j’ai tenté d’oublier mon fidèle bras mélangeur… J’ai essayé de tourner la page en déshonorant sa mémoire aux côtés d’un bras mélangeur bas de gamme de marque Oyster, une saleté qui s’est démanchée en une semaine, puis, j’ai honte de le dire, j’ai même… j’ai même été jusqu’à séquestrer dans mes armoires le bras mélangeur de ma soeur, qui a vivement riposté et est venue le réclamer après juste quelques jours.
J’ai du user de perfidie en empruntant par la suite celui de ma meilleure amie en lui promettant que c’était pour lui mitonner une petite douceur et que je le lui rapporterais illico. Elle osait venir réclamer son bras mélangeur quelques jours plus tard? “ho, c’est dommage, je voulais justement cuisiner une mousse de foie de canard au porto et t’en donner un pot mais tient, tu peux le reprendre, tant pis pour la mousse pleine de beurre, de porto, de crème…” résignée, elle haussait les épaules et disait “bon, alors tu peux le garder encore quelques jours”. Le temps a passé, elle et sa petite famille ont quitté le Québec pour 8 mois, et comme par hasard, j’ai oublié de lui redonner avant son départ… Quelle joie, je pourrais vivre un bonheur sans tache et exclusif avec son bras mélangeur Braun sans éprouver la crainte qu’elle puisse venir me l’arracher à tout moment!
Comme la vie est parfois étrangement faite… ma soeur décida, contre toute attente, de se départir définitivement de son bras mélangeur Braun pour aller batifoler dans des prés plus verdoyants avec un bras mélangeur encore plus puissant, plus étincelant, plus métallique, plus in… et me céda le sien sans même un remord, sans même un hochement de tête voulant dire “merci fidèle ami, tu vas me manquer, mais j’ai décidé d’aller de l’avant et de miser sur un appareil plus performant malgré tes services des années durant”…
Aujourd’hui, je dois partager ma vie, mon coeur, ma cuisine entre deux bras mélangeur Braun identiques, un m’appartenant corps et âme (haaaa, l’âme des bras mélangeurs!), et l’autre attendant tristement de retrouver sa maîtresse qui n’est toujours pas revenue à Montréal (bien lui en fasse, on gèle!). Je tente de ne pas le rendre jaloux, de continuer de requérir ses services le plus souvent possible, mais c’est difficile… vous savez, les ménages à trois sont toujours complexes, surtout dans une cuisine aussi petite que la mienne.
Boulettes de poisson “juives-marocaines” en sauce tomatée (pour 4)
500g de filet cru de poisson blanc coupé en dés (turbot pour moi)1 oeuf2 échalotes vertes hachées1 c. à soupe de persil ciselé1 c. à soupe de coriandre ciselée50g de chapelure1 pincée de stigmates de safran infusés dans 1 c. à soupe d’eau chaude3/4 de c. a thé de sel (ou moins)poivre noir du moulinSauce tomate
500g de tomates (moi, une grosse boîte de tomates en dés car les tomates en hiver…)1 oignon haché60ml d’huile d’olive2 gousses d’ail finement haché1 c. à thé de paprika1/2 c. à thé de harissa (moi, plus)1/2 c. à thé de cumin moulu1 c. à thé de sucresel et poivre du moulin
Mixer tous les ingrédients des boulettes de poisson ensemble au robot ou au bras mélangeur jusqu’à obtenir une consistance lisse. Façonner des boulettes de grosseurs égales dans la paume de vos mains, les déposer sur une plaque et les réfrigérer pour qu’elles deviennent un peu plus ferme.
Pendant que les boulettes reposent au frais, inciser les tomates et les faire blanchir dans l’eau bouillante, puis les refroidir à l’eau glacée et les peler. Les couper en deux, les épépiner puis les tailler en dés.
Mettre l’oignon et l’huile dans une casserole et faire cuire 5 mn à feu moyen. Ajouter l’ail, le paprika, l’harissa et le cumin, remuer quelques secondes avant d’ajouter les tomates, le sucre et (si vous utilisez des tomates fraîches uniquement) 250 ml d’eau. Saler et poivrer, porter à ébullition et laisser doucement mijoter 15 mn à couvert. Vous pouvez à cette étape broyer la sauce si vous désirez une sauce lisse.
Ajouter les boulettes de poisson tout doucement en les nappant délicatement de sauce. Attendre la prise d’un léger frémissement puis baisser le feu. Laisser mijoter 20 minutes, à couvert, à feu très doux. Servir avec de la semoule.